Grâce à son attractivité non démentie et à une économie florissante, le canton de Genève a
vu sa population croître encore de plus de 6000 personnes l'an dernier. Le nombre d'emplois
a progressé en un an de 1300 et le PIB cantonal a crû dans le même temps de 3.6%. Il faut
se réjouir de cette situation que nous envient les autres places économiques occidentales.
Nous pouvons en être fiers. Vous pouvez en être fiers. Et je saisis cette occasion pour vous
féliciter pour votre dynamisme.
Contrairement à ce qui se lit et se dit trop souvent, l'arrivée d'entreprises n'est pas dû aux
avantages fiscaux que le canton leur octroie, ni à des autorisations de construire des bureaux en dérogation à la loi.
L'attractivité de Genève est due à ses nombreux atouts, que nous connaissons, mais elle
n'est pas un acquis. Elle est même en danger. Elle souffre d'un retard important pris dans nos infrastructures il y a de cela vingt ou trente ans, à une époque où le débat sur la croissance faisait rage et où la réponse qui a été donnée a été l'attentisme, le repli. Des projets ont été freinés, d'autres refusés.
A la fin des années 80, rappelez-vous, la hausse des taux hypothécaires et les arrêtés
fédéraux urgents contre la spéculation foncière ont provoqué l'arrêt de nombreux projets
privés et publics.
On le paye aujourd'hui. Et c'est aujourd'hui que ressurgit le débat sur la croissance. Ne faut-il
pas freiner la croissance, se demandent les verts libéraux vaudois? Est-ce bien utile
d'accueillir de nouvelles entreprises à Genève, se demande le président du parti socialiste
genevois ? Les traders sont-ils les bienvenus, se demandent certains commentateurs?
Ce débat est sain. Il doit avoir lieu, parce que les effets pervers de notre succès, la hausse du trafic et des prix de l'immobilier, les préoccupations de la population à propos de la sécurité, les récriminations contre les frontaliers et les craintes pour l'emploi des jeunes, qui font le lit de tous les populismes, de droite comme de gauche, appellent des réponses claires.
La réponse du Conseil d'Etat sur la croissance et le développement économique de Genève
est claire. Le gouvernement est favorable au développement des entreprises présentes à
Genève et à l'arrivée de nouvelles entreprises à Genève. Ces entreprises permettent de créer des emplois et alimentent le tissu économique local, au bénéfice, d'ailleurs, des territoires situés des deux côtés de la frontière. Ce modèle économique nous permet d'engranger des recettes fiscales qui nous offrent la capacité de financer un haut niveau de prestations publiques.
Cette ligne étant clairement établie, il s'agit de ne pas être aveugle. Le Conseil d'Etat doit
répondre aux problèmes suscités par notre développement et aux inquiétudes. Dans le droit fil de son discours de St-Pierre et de son programme de législature, le Conseil d'Etat agit pour, d'une part, préserver cette attractivité, condition sine qua non de notre prospérité et, d'autre part, veiller à ce que notre croissance ne fasse pas de perdants.
Maintenir notre attractivité, c'est avant tout nous préoccuper de nos infrastructures. Dans ce
domaine, même si nous sommes loin du compte, le retard pris depuis trente ans par Genève
est progressivement en train d'être rattrapé. L'an dernier, Genève a investi plus de 800
millions de francs dans les infrastructures, pour moitié dans le développement des transports.
Cet effort va être poursuivi avec, bientôt je l'espère, l'ouverture du chantier du CEVA, mais
aussi avec la réalisation de projets importants dans les domaines pénitentiaire, de la
formation, de la santé et des EMS. Il y a fort à parier que le milliard d'investissements sera
atteint en 2013.
L'amélioration de la circulation passe aussi par le développement du réseau routier. Le projet
de traversée du lac va de l'avant. L'étude commandée au Conseil d'Etat par le Grand Conseil
montre que cette traversée est nécessaire à l'horizon 2030. Cet ouvrage permettra de réduire le trafic sur l'autoroute de contournement, aujourd'hui menacée d'étouffement définitif. Il permettra aussi, moyennant des mesures d'accompagnement, c'est-à-dire en améliorant
clairement la performance des nos transports publics, de réduire le trafic de 30% sur les quais et sur les axes urbains principaux.
Le dynamisme de notre économie suppose que l'on puisse circuler à Genève, c'est-à-dire qu'il y ait moins de véhicules au centre de l'agglomération, afin que les personnes qui doivent
prendre le volant, à titre privé ou pour des raisons professionnelles, ne se retrouvent pas dans les bouchons.
Pour cela, il faut que les gens choisissent les transports publics pour aller travailler. Cela
signifie que ceux-ci soient performants et attractifs; en résumé, qu'il soit plus pratique de
prendre le bus ou le tram que sa voiture. Pour atteindre cet objectif, les voies en site propre
sont incontournables. Et pour que l'on puisse dégager de la place pour des voies en site
propre, il est nécessaire de réaliser des P+R et des voies de circulation comme la traversée
du lac, qui éviteront à de nombreux véhicules privés et professionnels de passer par le pont
du Mont-Blanc.
Le développement du réseau de transports publics et routier dans notre agglomération va
mobiliser des moyens importants. Au-delà des financements de la Confédération, nous
devrons, à brève échéance, réfléchir aux moyens de financer nous-mêmes certains
investissements régionaux, avec nos voisins français, faute de quoi nous n'y arriverons pas.
Il y a un autre domaine où nous sommes en retard. C'est le logement. Notez qu'en 2010, 1500 logements ont été construit et qu'en ce moment, 2500 logements sont en chantier. Cela n'est pas suffisant et les 50 000 logements prévus d'ici 2030 ne sont pas encore là. Pour parvenir à les construire, il faudra accepter le futur plan directeur cantonal qui sera mis à l'enquête publique ces prochains jours. Il faudra soutenir le projet d'agglomération II et déclasser des terrains.
A ce sujet, vous le savez, nous voterons en mai sur un objet très fortement symbolique: le
déclassement des Cherpines-Charrotons. Il s'agit de construire 3000 logements et de créer
une zone d'activités pour accueillir prioritairement des entreprises du quartier Praille Acacias
Vernets (PAV).
Les Cherpines recèlent une terre agricole, de bonne qualité, certes. Les cardons qu'on y
cultive sont très bons. Mais c'est aussi un endroit entouré par des constructions, desservi par l'autoroute et, bientôt, par le tram de Saint-Julien. Si l'on ne déclasse pas ces terrains, on n'en déclassera pas d'autres en zone agricole et c'en sera fini de la lutte contre la pénurie de
logements.
Avec le Conseil d'Etat, je vous invite à vous mobiliser pour gagner cette votation.
Outre la mise à niveau des infrastructures, l'autre condition que nous devrons remplir pour
que la population accepte de poursuivre le développement économique de la région et
continue à soutenir la libre circulation avec l'Union européenne, c'est que tout le monde y
trouve son compte. Nous devons, tous, veiller à ce que chacune des Genevoises et chacun
des Genevois soit bien traité, sur le marché du logement et sur le marché de l'emploi.
Un effort devra être accompli afin que les logements construits à grand peine soient
accessibles et réellement mis sur le marché et que les jeunes que nous formons et les moins
jeunes qui cherchent un emploi trouvent des perspectives intéressantes dans notre économie.
Le Conseil d'Etat invite donc les entreprises genevoises à engager des Genevois et des
chômeurs genevois. Si un signal n'est pas donné rapidement dans ce domaine, il en va de la
remise en question de la libre circulation, fondée sur les accords bilatéraux, que certains
remettent en question, et de la survie de notre modèle économique.
Le Conseil d'Etat dit donc oui au développement, mais de manière équilibrée, compatible
avec nos infrastructures à long terme et au profit de tous les Genevois. Le Conseil d'Etat
compte donc sur vous, le tissu économique que vous représentez, pour nous y aider.
Mark Muller

