Les entreprises multinationales, les « multis », ne sont pas des citoyennes honorables. Pour preuves – ou plutôt pour prétextes : elles importent leurs collaborateurs de l’étranger lorsqu’elles s’installent ; pire : elles ne forment des apprentis qu’au compte-goutte. Moins que la Ville de Genève sous la férule de Sandrine Salerno. Les faits sont indubitables, mais leur interprétation est biaisée. Infondées, ces accusations sont aussi perverses.
S’agissant des emplois, deux rappels statistiques. Les 931 multis de Genève occupaient directement plus de 76 177 collaborateurs en 2008, soit 34% des emplois privés du canton. Parmi elles, les 177 multis suisses salariaient 40% du secteur multinational. Des chiffres à compléter par les emplois induits directs (nettoyage, restauration d’entreprise) et les effets dérivés sur l’emploi local. Toutes ces personnes et leurs familles sont autant de consommateurs pour les magasins de la place. Et de contribuables à choyer. Sauf par la Ville ?
Pour autant, les collaborateurs des multinationales sont loin d’être tous étrangers. Car dès leur arrivée, ces entreprises puisent dans le marché local de l’emploi. Au fur et à mesure de leur croissance genevoise, la proportion des « natives » va tendre à augmenter, au point d’être équivalente à celle que l’on trouve dans des entreprises actives sur le seul marché intérieur. L’employeur a en effet tout intérêt à trouver des personnes formées localement. C’est cela la dynamique d’une entreprise. C’est aussi cela l’erreur, à relents xénophobes, de S. Salerno. Un étranger est honorable même quand il n’est pas requérant d’asile.
Le reproche concernant la non-formation d’apprentis est encore plus primaire. Pour une raison simple : les multis établies à Genève se caractérisent par le niveau de formation particulièrement élevé de leurs collaborateurs. Certes, elles engagent de jeunes diplômés de nos hautes écoles, professionnelles comprises, plutôt que des apprentis. Mais peut-on leur reprocher d’agir en fonction de leurs besoins ? Tant qu’à faire, S. Salerno devrait exiger d’elles l’engagement de collaborateurs sans la moindre formation…
Cette mise en cause montre l’incompréhension profonde, dont elle fait preuve, du monde des entreprises modernes où se côtoient artisans traditionnels et sociétés de haute ingéniérie, y compris financière. A chaque stade de développement économique son niveau de qualifications typiques. Qui ne l’a pas compris démontre une vue étriquée. Pire, archaïque.
Bref, la recherche d’un bouc émissaire à la précarité sociale et à la pénurie de logement ne permet pas l’improvisation dans la réflexion. Les entreprises multinationlales sont nécessaires à Genève. Comme pour la santé, seul leur départ en fera prendre conscience.
Un départ peut-être pas si éloigné que cela, à cause d’une initiative fiscale socialiste dont la magistrate genevoise se fait le héraut. A cause aussi de la concurrence inter-cantonale. Jean Studer, conseiller d’Etat neuchâtelois et socialiste bon teint, entend, lui, en faire profiter son canton. Ce jour-là, les questions d’emploi d’étrangers et de formation d’apprentis ne seront plus que des souvenirs amers au bout du Lac.
(Editorial du 7 octobre 2011 de la Newsletter de la FER Genève www.fer-ge.ch)

