Si j'avais vingt ans, si je devais choisir un parti politique, nul doute que mon choix serait vite fait.
J'irais tout droit vers ceux qui ne me demanderaient pas de savoir : lire les lois, se soumettre au réel, ce ne serait pas pour moi. Pas de loi, juste la foi.
J'irais aussi vers ceux qui me proposent des sorties. Comme aux scouts, j'aurais un programme, dicté par d'autres et un emploi du temps. Je ne l'aurais pas choisi, mais n'en n'aurais pas d'autre. Vive le grand chef et vivent les mégaphones. Quant on n'a rien a dire, autant le dire très fort.
J'irais enfin vers ceux qui sont faciles à reconnaitre : taille haute et manteau noir. Le héros de Matrix était comme ça et il s'appelait Néo. Néo-libéral, c'est compliqué et pas glamour. Néo-nazi, c'est nettement plus intéressant : la provoc' à deux balles, la stigmatisation de l'autre, ça rassure le bourgeois. Et c'est le bourgeois qui vote pour moi.
Quel plaisir, quel repos de l'esprit que de jouer dans l'irréel ! Comme je ne suis responsable de rien, je peux dire n'importe quoi et proposer ce que je veux: je n'aurais jamais à le réaliser.
Appartenir à certains partis, c'est très confortable: on laisse son cerveau à la consigne et on crie très fort. Pour peu que l'on soit un peu gâté sur le plan physique, on aurait l'impression de participer à un concours de Miss, auquel on répondrait: « Quel est votre rêve? C'est la paix dans le monde et la disparition de la faim. » Mignonne intention, mais est-ce que cela fait un programme?

