"Les retraites des policiers rendent les députés et citoyens furieux"
Voilà le titre qui pourrait barrer la une de la Tribune de Genève si le calme et la raison ne faisaient pas leur retour parmi… les policiers d’abord. Leurs représentants viennent en effet de quitter la table des négociations avec l’Etat sur leur nouveau système de rémunération. Et l’un de ces syndicalistes de tirer à vue sur la conseillère d’Etat Isabel Rochat en menaçant au surplus de « débrayages ou d’actions ponctuelles ». Sans se rendre compte des conséquences de leur décision sur un plan autrement plus important, leur retraite.
Motifs de leur courroux qui a amené le quotidien local à titrer le 20 octobre 2010 « L’abolition de primes rend les policiers furieux ». En vrac, selon le président de l’UPCP, le syndicat des gendarmes, des attaques à leurs « acquis sociaux ». Parmi lesquels on trouve les débours (1,25 franc par jour !), le fait de soumettre à l’impôt l’« indemnité pour risque inhérent à la fonction » - une indemnité qui couvre entre autres le coût du nettoyage des habits de service –, ou encore la prime de promotion interne, une récompense pour jouer un rôle d’intermédiaire dans le recrutement de nouveaux policiers, comparée au « système d’encouragement dans nombre d’entreprises anglo-saxonnes ».
On n’épiloguera pas sur les débours, un prétexte plus qu’une raison de rompre des négociations. Ni sur la référence aux entreprises anglo-saxonnes qui, tout à coup, deviennent la référence absolue en matière de gestion du personnel de la fonction publique… En revanche, la revendication de soustraire à l’impôt partie de leur revenu est inacceptable. Certes, la police a une longue habitude en matière de privilèges fiscaux. Mais elle peine visiblement à accepter de rentrer dans le rang des contribuables ordinaires. Comme elle peine aussi à admettre que la limite de l’âge-limite pour devenir policier ait été montée à 35 ans. Aurait-elle peur de voir la fin de la pénurie de personnel, et donc la disparition d’heures supplémentaires tellement rémunératrices (65 francs l’heure) ?
Or le Grand Conseil vient d’accepter deux montants importants concernant précisément la saga des heures supplémentaires (24 millions jusqu’à la fin de 2009, 3,5 millions pour 2010) dans l’espoir de solder cette question. Il répondait ainsi à la demande expresse du nouveau magistrat à la tête du département qui ne ménage pas ses efforts pour remettre de l’ordre dans la Grande Maison. Il se trouve que le premier montant a fait l’objet d’un arrangement « économique » entre le conseil d’Etat et les syndicats de la police. Son but ? Eviter de soumettre les policiers aux conséquences d’une hausse d’impôts en lien avec la hausse de revenu découlant du paiement de ces heures supplémentaires. L’inégalité de traitement est patente avec d’autres fonctionnaires de l’Etat. Il n’en est pas d’autres, en effet, qui bénéficient de pareils arrangements au nom de la raison d’Etat. Ou plus précisément de la loi du plus fort, car un Etat ne peut fonctionner sans policiers, un élément que tous prennent en considération, conseil d’Etat, députés et, évidemment, syndicats de la police.
A ce stade, on peut imaginer que les discussions au parlement sur le pont-retraite pour les policiers, dorénavant obligés de se soumettre au droit fédéral (retraite à 58 ans minimum, et plus 52 ans – PL 10742), puissent sinon se départir de l’esprit de conciliation qui avait marqué ce début de législature, du moins trainer en longueur. Une annonce de retour de la part des syndicats de policiers à la table des négociations serait du meilleur effet. Comment sinon espérer que le parlement accepte un régime de transition aussi long que généreux ? Car là, l’enjeu , ce n’est plus 1,25 franc par jour, ce sont 10 millions par an pendant 16 ans à la charge du seul Etat, c’est-à-dire des seuls contribuables..
Le moment est venu pour la police de comprendre que la population classe la sécurité dans le peloton de tête de ses préoccupations, mais pas au mépris d’une gestion saine des deniers de l’Etat, ni de l’Etat lui-même.
Pierre Weiss, député

