Laissez-moi vous parler d’un sujet qui ennuie tout le monde : la dette du canton de Genève. Il s’agit par définition d’une thématique aride qui ne fait pas rêver. Et puis, c’est abstrait, que peut bien représenter 10.7 milliards de francs suisses ? En outre, la dette a baissé de plus de CHF 2 milliards durant la précédente législature, alors pourquoi s’en soucier ? C’est sans doute ce que s’est dit le ministre des finances Hiler lorsqu’il a réfléchi au programme de législature du gouvernement genevois.
Pourtant, l’actualité récente nous enseigne qu’il n’est pas sage d’ignorer cette problématique. Les pays qui nous entourent ont accumulé de la dette sans compter pendant des décennies. Aujourd’hui, pris dans une récession importante, ils n’ont plus les ressources pour faire face à la crise et payer pour des régimes sociaux dont on comprend maintenant qu’ils ont été financés par de la dette. En Espagne, comme en Grèce, des gouvernements de gauche sont contraints de couper dans les dépenses publiques en limitant les salaires des fonctionnaires et l’Etat social. La crise financière est amplifiée par la fait que plus personne ne veut prêter à ces pays, les obligeant à payer des taux d’intérêts plus élevés, ce qui accentue encore par un effet de cercle vicieux les difficultés budgétaires de ces Etats.
Est-ce que Genève avec ses CHF 10.7 milliards de dette en est là ? Non, heureusement pas. Grâce à des rentrées fiscales inespérées, le canton a même réussi au cours de la dernière législature à rembourser une partie de ses emprunts. Rien n’est pourtant acquis. Les revenus de l’impôt ont été très difficiles à estimer et nous ne savons pas ce que vont impliquer la récession européenne et les attaques sur le secret bancaire ou celles concernant les sociétés holdings basées à Genève. Est-ce que les agences de notation dégraderont la note de l’Etat ? Nous savons également que les taux d’intérêts ne peuvent que monter, ce qui renchérira le coût du service de la dette. En 2009, le canton a payé CHF 353 millions en intérêts. Imaginons que les taux reviennent aux niveaux que nous avons connus dans les années 1990 et nous aurons alors à assumer le double ou le triple de ce chiffre. C’est alors tout l’équilibre des finances genevoises qui serait mis à mal. Comme les pays qui nous entourent, nous aurions à rogner dans les dépenses de l’Etat, sacrifiant la fonction publique et le social.
Il appartient donc au Conseiller d’Etat Hiler de définir quel est le niveau acceptable de la dette en rapport avec les objectifs d’investissement et de croissance du Canton. Cela fait, il doit présenter un plan de désendettement sur le législature, voir une période plus longue de 8 ans, en prenant en compte différents scenarii de conjoncture et les moyens pour y arriver. Ceci permettra d’encadrer les travaux du Conseil d’Etat et du Grand Conseil et d’éclairer la population sur un sujet abstrait mais essentiel dans la réalisation des buts de l’Etat.
Ainsi, des finances saines assurent la pérennité des engagements du Canton, en particulier dans le domaine social. Si nous ne voulons pas risquer de devoir faire des sacrifies importants, nous avons l’obligation de prévoir un plan de désendettement. Le programme du Conseil d’Etat n’apporte pas de vision claire dans ce domaine. Gouverner, c’est pourtant prévoir !
Article paru dans la Tribune de Genève le 26 août 2010

