Est-ce que un homme politique peut utiliser n’importe quel débat de société pour marquer des points. N’y a-t-il pas des sujets trop fragiles, des équilibres trop sensibles, des libertés trop chèrement acquises
auxquels il ne devrait pas toucher ? Un parti qui se veut gouvernemental ne devrait-il pas s’imposer une sorte d’éthique dans sa propagande politique ?
Ces questions sont d’actualité suite à la campagne sur l’initiative anti-minaret. En effet, l’article constitutionnel proposé était un leurre. Il portait exclusivement sur la question de savoir si la Suisse devait tolérer que des minarets soient construits sur son territoire. Pourquoi cette question devait être posée à la population suisse ? Est-ce qu’il y a eu ces récentes années beaucoup de constructions de minarets ? Non. Est-ce qu’il y a pléthore de demandes d’autorisation de construire ? Non. Quelle est donc la raison de ce soudain intérêt pour la forme architecturale d’un édifice religieux ? La raison est à chercher dans le jeu politique. Un parti politique, en l’espèce l’UDC, y a vu une façon de capitaliser sur une peur de la population suisse à l’égard du monde musulman et d’engranger des suffrages aux prochaines élections. Les conséquences en Suisse et à l’étranger d’un tel vote n’ont pas été prises en considération, seuls les résultats électoraux futures étaient important.
Or, en faisant voter l’interdiction des minarets, les initiants et les partis qui les ont soutenus se sont attaqués à ce qui fait la Suisse. Notre pays a bâti son Etat fédéral sur les principes de liberté religieuse, de non discrimination du fait de la race ou de la religion comme en témoignent les constitutions de 1848, 1874 et 2000. Ces droits fondamentaux, et la paix religieuse qui en a découlé, ont été difficiles à atteindre. Notre pays a par exemple connu une dernière guerre – civile – dont les lignes de fractures étaient religieuses.
Ainsi, le sujet religieux est par excellence un thème de conflit qui doit être manié avec retenue dans les joutes politiques. Si une communauté religieuse se sent discriminée, c’est l’intégration de ses membres qui est rendue plus difficile ; c’est potentiellement de la frustration, du rejet puis du communautarisme qui en naît. S’attaquer à la liberté religieuse, c’est porter atteinte au noyau dur de notre démocratie suisse et mettre en péril tant notre réputation international que notre sécurité. Il n’est donc pas responsable de jouer avec ces sujets pour obtenir des petits avantages de politiciens.
Un homme politique ne devrait pas prêter sa voix ni son éventuelle réputation pour défendre une initiative qui discrimine et stigmatise un groupe religieux. Dans un domaine aussi sensible, on attendrait d’un politicien responsable qu’il laisse pour quelques instants de côté le jeu politique, les phrases simplistes et manichéennes et qu’il se fasse pédagogue pour expliquer le monde et ses réalités complexes pour éviter que la peur – mauvaise conseillère – guide les votes des citoyens.
Paru dans la Tribune de Genève, le 29 janvier 2010
(voir l'archive de l'article)

