Ceux qui ne grandissent pas avec la fonction
On l’aura compris, il s’agit de la Conseillère administrative de la ville de Genève Sandrine Salerno. Nous n’aimons pas attaquer les personnes. Il faut privilégier la confrontation des idées dans le respect des contradicteurs. Mais ici, les idées et la posture d’une membre de l’exécutif d’une ville internationale sont ensemble critiquables. Dans une interview Sandrine Salerno dénonce, en somme, une croissance du canton de Genève causée par l’emprise de cette dimension internationale, avec le nombre considérable des organisations internationales mais aussi des entreprises multinationales. Là serait une des causes des déséquilibres : vie chère, crise du logement, problèmes d’infrastructures; d’autant plus que ces internationaux politiques et économiques n’apporteraient pas une juste part dans les rentrées fiscales.
Les réactions ont fusé. Chiffres à l’appui, elles rappellent tout l’apport économique et fiscal qu’apporte à Genève sa dimension internationale. C’est spectaculaire. Le niveau des prestations sociales du Canton au bénéfice des Genevois serait très au-dessous sans elle. Certes, il y a des effets négatifs à l’accroissement démographique du canton et aux disparités de revenus : pour le logement et les loyers par exemple. Mais ces effets ont été multipliés par une absence ou un retard dans les mesures d’accompagnement nécessaires. Insuffisance de terrains disponibles pour la construction, pénurie de logements. Les responsabilités sont sans doute partagées. Toutefois, la Gauche et d’autres en ont une bonne part, de par les blocages et les recours systématiques contre des projets. Trop d’idéologie et trop de défense d’intérêts particuliers caractérisent la vie genevoise. Le procès qu’intente donc l’élue socialiste est extrêmement réducteur Surtout, elle semble tout ignorer de ce que doit Genève au fait qu’elle a cette dimension internationale sur les plans politique, économique et financier : les trois allant ensemble.
Parmi ceux qui ont réagi, il y ceux qu’on attendait, bien sûr : associations économiques, grandes entreprises…Mais on y a retrouvé des jeunes, dans l’Association Agir, eux qui s’étaient déjà battus contre le Référendum visant dangereusement l’OMC ; au risque de la faire émigrer. Et puis on a pu saluer la réaction du Conseiller d’Etat David Hiller, écologiste convaincu mais homme d’Etat et de lucidité. Sa crédibilité de ministre cantonal des finances et en charge du dossier fiscal pèse lourd pour décrédibiliser la pourtant ministre des finances de la ville.
Cependant, elle persiste et signe. En revendiquant son droit personnel de militante elle relativise sa responsabilité collégiale au sein de l’exécutif d’une ville qui a une image à sauvegarder. Heureusement, dira-t-on, elle n’est qu’au gouvernement d’une commune, aussi particulière que soit la ville. C’est l’Etat cantonal qui détermine vraiment la politique. Mais on frémit en imaginant un comportement semblable au sein du Conseil d’Etat, par exemple. Sandrine Salerno est certainement une femme respectable, sincère et engagée. En revanche, elle est de ceux et celles que la fonction n’élargit pas et ne grandit pas. Personne n’a de quoi s’en réjouir.

